Le surveillant de l’établissement surnommé « Cheval » de Notre-Dame-De-Bétharram, Damien S, visé par au moins 74 plaintes pour viol, agressions sexuelles, et violences sur mineur, a aussi exercé comme censeur au sein de l’Institution Saint-Dominique de Neuilly-sur-Seine entre 1989 et 1997. Il a été placé en garde à vue fin février et relâché sans poursuites en raison de la prescription.
Face aux révélations, début mars 2025, d’anciens élèves de l’Institution Saint-Dominique de Neuilly-sur-Seine ont créé un groupe Facebook pour recueillir la parole d’éventuelles victimes. D’autres témoignages sont alors survenus concernant des violences commises par des enseignants ou des prêtres, allant des humiliations répétées aux violences sexuelles.
Et une ancienne élève de l’institution a déposé plainte auprès du parquet de Nanterre, en dépit de faits prescrits pour agression sexuelle et violences psychologiques contre ce tortionnaire « Cheval » passé par Bétharram, Damien S, ex-censeur de l’établissement – responsable de la discipline -, révèle le quotidien Libération, dans une enquête publiée jeudi 3 avril. Elle raconte qu’il passait sa main sous sa jupe, lui caresse « la jambe », alors qu’elle est en sixième cette année scolaire 1989-1990. Chaque refus lui vaut une heure de colle, relate le quotidien.
« Beaucoup savaient et n’ont rien fait »
Constance Bertrand, 42 ans, a également porté plainte le 26 mars contre un autre surveillant de l’institution pour des faits de harcèlement subis en 1995-1996. Elle a 13 ans lorsqu’il lui offre d’abord une petite peinture, un cupidon nu. Sa mère relate ensuite qu’il lui remet un poème aux « idées de nature perverse », qui rappelle à la direction, dans un courrier daté de septembre 1996 et consulté par Libération, les « pénibles incidents qui ont gravement perturbé l’équilibre psychique de notre enfant ». Résultat, le surveillant sera renvoyé, mais aucune suite n’est connue.
Au total, elle explique auprès de l’AFP avoir identifié « sept personnes qui avaient des comportements répréhensibles sur des enfants ». Parmi eux, détaille-t-elle, un professeur de français toujours en activité dans le domaine éducatif, un professeur de sport, une enseignante de primaire, un prêtre et des surveillants. « Ce qui nous blesse le plus aujourd’hui, c’est de penser que beaucoup savaient et n’ont rien fait » s’indigne Constance Bertrand.
« Ils nous ont dit que si on en parlait il y aurait des conséquences »
Lors d’une partie de foot, un jeune prêtre « caressait » l’épaule et le dos de Jonathan (qui a requis l’anonymat), élève de cinquième en 1995. Deux autres camarades ayant été visés par cet ecclésiastique, assure cet entrepreneur de 42 ans, ils décident d’aller parler à « Cheval », alors censeur de l’établissement, et à une autre responsable.
« À notre grande surprise, ils nous ont culpabilisés, ils nous ont même dit que si on en parlait il y aurait des conséquences », se souvient Jonathan. La responsable avait dit « qu’il fallait comprendre que les hommes de Dieu sont en manque d’affection et que cela se savait (qu’ils) sont affectueux pour combler ce manque ».
Trois autres témoignages anonymes concordants, consultés par l’AFP mi-mars, font état de « caresses » et « rapprochements » dans les dortoirs des garçons commis par ce même prêtre lors d’une retraite de préparation à la profession de foi, au mitan des années 1990. « Un des petits garçons à qui le prêtre avait fait des choses (…) m’a raconté, avec un regard terrifié que je n’oublierai jamais, que le prêtre était rentré dans sa chambre », se souvient un témoin.
De plus, une enseignante de primaire est accusée de « sadisme » par deux témoignages. « Je me souviens d’un énorme coup de poing sur ma tête (…) d’une violence inouïe », détaille l’un d’entre eux, « ça m’a fait tellement mal et peur que j’en ai fait pipi dans ma culotte ».
« Défaillance générale de l’autorité dans toutes les structures d’accueil de mineurs »
« Nous redisons notre compassion pour les victimes et notre volonté claire : tout doit être mis en œuvre (…) pour que la parole soit libérée, que la lumière soit faite, dans une coopération sans réserve, sans restriction, avec les autorités publiques compétentes », ont réagi mi-mars l’actuelle direction de l’établissement et celle de l’Enseignement catholique des Hauts-de-Seine dans un communiqué. Elles ont confirmé avoir reçu « plusieurs témoignages (…) pouvant mettre en cause des personnes ayant travaillé à Saint-Dominique » mais n’étant plus en poste, qui ont été « portés à la connaissance » du procureur de la République de Nanterre.
Catherine Rocroy, directrice des affaires financières de l’établissement entre 1998 et 2012, a indiqué à l’AFP qu’elle n’était « pas vraiment » surprise en lisant les témoignages. « On était dans une période où le doute était plus favorable au prédateur qu’à la victime » explique-t-elle.
Auprès du quotidien Libération dans l’enquête publiée jeudi 3 avril, elle indique se souvenir de « ces deux profs de français et de sport qui draguaient tout le monde, étaient avec les lycéennes. Mon chef d’établissement n’aimait pas ça, mais il n’y a jamais eu de signalement. » Elle ajoute auprès du quotidien : « Ce qui aurait été un vrai problème, c’est qu’une des filles tombe enceinte. » Et de conclure : « Aujourd’hui, on ne peut plus mettre la main sur l’épaule d’un gamin sans risquer d’être accusé de viol ».
Mais pour le président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) Jean-Marc Sauvé, il y a eu une « défaillance générale de l’autorité dans toutes les structures d’accueil de mineurs ». Et celle-ci a bien pris un « caractère systémique au sein de l’Église », car « l’institution n’a pas su voir ni entendre, n’a pas su capter les signaux faibles » et a bien souvent « choisi, après le déni, les mutations discrètes » des agresseurs.
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