Fin janvier, des analyses, réalisées à la demande de l’Agence régionale de santé (ARS), pointaient une présence en TFA, un “polluant éternel”, dans les eaux potables de l’agglomération d’Alès. Des résultats bien inférieurs aux préconisations actuellement en vigueur, selon la collectivité.
Les prélèvements dans les eaux potables de l’agglomération d’Alès ont été effectués il y a quelques semaines à la demande de la branche gardoise de l’Agence régionale de Santé (ARS) d’Occitanie. Une ARS qui avait annoncé, en décembre, une campagne inédite de détection d’acide trifluoroacétique (TFA), un polluant éternel peu surveillé.
Cette campagne de détection faisait suite aux révélations de l’ONG Générations Futures, datant de février 2024. Cette dernière avait alors mis en avant des analyses de l’eau autour du site industriel de Solvay, à Salindres, et avait dénoncé des taux “records” de PFAS autour du site [substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, plus couramment désignées sous l’acronyme de “PFAS” ou polluants éternels] : soit 7,6 mg/l de TFA dans l’eau de rivière au niveau des rejets de l’usine.
De nouveaux résultats transmis à la REAAL
Les premiers résultats émanant des prélèvements commandés par l’ARS ne concernent, eux, pas encore la commune de Salindres, mais quatre points situés en aval. Edités par le groupe Carso, laboratoire lyonnais agréé par le ministère de la Santé, ils ont été transmis à la REAAL (le service des eaux d’Alès Agglomération). Consultés par Midi Libre, ces résultats font état de 20 microgrammes par litre (µg/l) à Vézénobres (puits des Hyerles), de 14 et 15 µg/l à Ners (deux analyses au forage des Pres) et de 9,2 µg/l à Boucoiran (puits du pont de Ners). Des chiffres qui font écho à une récente analyse de Générations Futures et de l’UFC que Choisir, qui avaient détecté 13 µg/l à Moussac, après des analyses confiées au laboratoire Ianesco, également agréé.
“Une concentration tolérable à vie”
Contrairement à d’autres PFAS [20 d’entre eux font l’objet, dès 2026, d’un durcissement à échelle européenne à hauteur de 0,0001 µ/l dans l’eau courante]le TFA n’est pas soumis à une réglementation claire. “Dans l’attente, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) préconise une valeur unitaire de 60 µg/l”, détaille ce mardi à Midi Libre Stéphan Gay, directeur de la REAAL. Une valeur qui, selon le ministère de la Santé, “correspond à une concentration tolérable à vie, dérivée scientifiquement, en dessous de laquelle, selon les données disponibles, aucun effet nocif sur la santé humaine n’est à prévoir”.
L’agglomération d’Alès, par la voix de son président Christophe Rivenq, se positionne ainsi derrière les recommandations officielles : “cette phrase-là me rassure. Si une communication de cette importance a été validée par un ministre, cela veut dire qu’il y a eu tout de même un travail scientifique. Ou, sinon, le ministre risque la prison.” Ainsi, du côté de la collectivité, on estime que “rien ne prouve aujourd’hui que le TFA est dangereux pour la santé”. Cependant, “cela n’enlève pas le doute”. L’absence, à ce jour, de preuves scientifiques suffisantes faisant défaut.

Et Christophe Rivenq de rappeler la mise en place, “dès fin 2023”, d’analyses des 20 PFAS sous surveillance nationale dans les eaux potables de l’Agglo. Ces dernières, également confiées par coïncidence à Ianesco, avaient présenté des résultats inférieurs aux normes en vigueur (0,1 µg/l).
Entre “procès d’intention” et “déni”
L’acide trifluoroacétique (TFA) est un composant chimique issu de la dégradation de PFAS produit, notamment, par l’usine Solvay de Salindres, qui est en parallèle en cours de fermeture. Peu surveillées à ce jour, ses conséquences réelles sur la santé ne sont pas encore scientifiquement éclaircies dans leur totalité, hormis qu’il ne resterait pas dans l’organisme, mais reste réputé cancérigène ou possible perturbateur endocrinien par plusieurs mouvements environnementaux. Génération Futures demande, de son côté, “une véritable étude de toxicité”.
A Alès, élus et militants de gauche ont, récemment, reproché à Christophe Rivenq un “déni” sur cette potentielle dangerosité. Ce que le président de l’Agglo réfute vivement, mettant en avant les analyses menées depuis 2023 et 2024. “Tous les débats sont autour de cette dangerosité, mais faire un procès d’intention et de déni, c’est scandaleux, surtout à l’encontre des services de la collectivité qui travaillent sur ce dossier.”
“On craint une marge d’erreur”
En février 2024, après la révélation de Générations Futures, l’Agglo avait également demandé des analyses de TFA à Salindres. Les résultats montraient aucune trace de ce polluant éternel dans l’eau potable. Ceci alors que cette eau n’est pas la même que celle des cours de la commune car puisée depuis la Cèze. Cependant, dans les eaux de rivière à l’aval, avait été “détectée une concentration allant jusqu’à 30 µg/l”, rappelle Stéphan Gay. Le directeur de la Réaal veut manipuler ce résultat avec prudence : “les analyses n’avaient pas été menées par un laboratoire agréé. À l’époque, on ne cherchait pas encore le TFA. On craint une marge d’erreur.”
Dans un souci de transparence, les services de l’Agglo assurent que les résultats de l’étude demandée par l’ARS seront accessibles dans leur intégralité. “De prochaines analyses doivent nous parvenir”, assure Stéphan Gay. Celles-ci ne devraient pas concerner que Salindres, mais tout le bassin-versant de cette partie des Cévennes, et même au-delà.
Contacté par Midi Libre, l’ARS Occitanie a indiqué qu’elle communiquerait prochainement sur ces résultats.