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Incarcéré le 24 juin 2024 à Mulhouse, après avoir été mis en examen pour avoir incité à aux émeutes qui ont fait 14 morts au printemps 2024, le président du FLNKS a été remis en liberté le 5 juin dernier par les juges d’instruction parisiens, qui semblent abandonner une grande partie des charges. L’indépendantiste kanak, qui nie ces accusations, s’est exprimé pour la première fois ce mercredi 18 juin à Montpellier, chez ses avocats Me Florian Medico et Me François Roux.
Comment avez-vous vécu cette année d’incarcération ?
C’était un moment difficile à passer, ce déplacement forcé depuis la Nouvelle-Calédonie, ce transfert dans l’avion, menotté. C’est la première fois que je mets mon pied en métropole, et en arrivant comme ça, on est forcément perdu. On se dit que ce n’est pas possible au XXIe siècle d’avoir cette situation-là dans un grand pays de lumière tel que la France. Forcément, ça interroge. Je me suis organisé mentalement pour tenir le choc. Il ne faut souhaiter à personne de vivre ce genre de situation, d’autant que j’ai toujours contesté l’ensemble des charges qui me sont reprochées.
Pour le parquet, vous auriez incité aux émeutes qui ont fait 14 morts ?
À aucun moment je ne me suis engagé dans autre chose que le respect de l’accord de Nouméa, qui a fixé une feuille de route pour les Calédoniens. Je suis terriblement triste pour mon pays. Jamais dans le cadre de mon engagement politique je n’aurais imaginé que le pays allait prendre cette tournure-là. J’ai toujours été habité par des convictions profondes que notre démarche est pacifique. Moi-même, j’ai été comme tout le monde déconcerté quand je me suis réveillé après l’insurrection qui s’est levée dans les quartiers de Nouméa. C’est un peu comme ce qui s’est passé dans les quartiers de métropole. Les jeunes d’aujourd’hui ont des moyens de communication autres, et ça a fait comme une traînée de poudre.
La violence est-elle pour vous une arme politique ?
J’ai trop de respect pour la vie humaine et je n’ai pas le droit de mettre en danger la vie des uns ou des autres. J’ai une éducation chrétienne et coutumière. Il y a une jeunesse et des quartiers où malheureusement le train de l’accord de Nouméa s’est arrêté à la porte. Ils n’ont pas pu bénéficier des leviers de développement économique. On a été dépassé, oui, par cette jeunesse, qui estimait qu’il fallait finir le travail politique, parce qu’ils ont connu l’histoire de leurs pères et de leurs grands-pères.
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Comment aujourd’hui relancer le dialogue ?
Les responsabilités sont partagées entre les anti indépendantistes, les indépendantistes et l’État. Il va falloir regarder comment reconstruire la paix sociale. Le tissu économique est par terre, et j’en suis le premier désolé, je n’ai pas fait de la politique pour s’en prendre aux entreprises ou mettre en péril les emplois des Calédoniens de toute origine. Mais j’espère aussi qu’un jour j’aurai des réponses précises sur ce qui s’est passé dans la nuit du 12 au 13 mai 2024 (début des émeutes à Nouméa NDLR). Qui a intérêt à mettre l’accord de Nouméa par terre ? Mon pays et la dignité de mon peuple valent mieux que ça.
Fermer définitivement la parenthèse coloniale de ce pays
Je continuerai à porter le combat de mon peuple parce que j’estime qu’on n’a pas fait tout ce chemin pour ça, on l’a fait pour fermer définitivement la parenthèse coloniale de ce pays. Depuis que j’ai rencontré le Président Macron (le 24 mai 2024, dix jours après le début des émeutes NDLR), la démarche dans laquelle je me suis engagé c’est la désescalade, ce que j’ai fait en allant dans les quartiers chauds. Forcément que ce n’est pas facile parce qu’il y a des jeunes qui pensent que c’est tout et tout de suite. Il faudra trouver les voies et les moyens pour sortir par le haut du dossier calédonien. Il faut régler définitivement le sujet du corps électoral. C’est la mère de toutes les batailles, ça a cristallisé le débat entre la Nouvelle-Calédonie et Paris, entre les indépendantistes et les non-indépendantistes. Ce n’est pas la peine de mettre un pansement sur une jambe de bois, sinon c’est une autre génération derrière qui devra assumer encore les choses.
Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin vous avait traité de mafieux et de voyou. Lui en voulez-vous ?
Ces mots n’engagent que lui. Les réponses, je les ai amenées sur ce terrain avec des mobilisations pacifiques, pour lui dire, faites attention, avec ce dossier il y a des risques qu’on ne maîtrise pas. L’entêtement de certains membres du gouvernement a amené ce dossier dans le mur. J’espère que les futures discussions vont ouvrir la voie sur autre chose. On a un pays à reconstruire ensemble. On est un petit peuple de 130 000 autochtones, on est insignifiants vis-à-vis des75millions de Français, mais on a simplement besoin d’exister, avec notre culture et notre manière de faire. Nous ne souhaitons pas disparaître et être les derniers Mohicans de la région pacifique.
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