« L’enseignement supérieur ne sera pas un sujet électoral, à mon grand désespoir » : le président de l’université de Nîmes Benoit Roig entre regrets et projets

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L’heure de la prérentrée a sonné pour les 6 000 étudiants de l’université de Nîmes. Tour d’horizons des projets avec son président, Benoît Roig.

Comment se présentent les effectifs pour cette rentrée 2025 à l’université de Nîmes ?

On n’a pas tous les chiffres d’inscription, mais nous sommes en avance par rapport à l’an passé. C’est plutôt une bonne chose, dans le sens où on nous décrit depuis quelques années une baisse de la démographie étudiante que, pour l’instant, nous ne connaissons pas. Comme depuis deux-trois ans, on va être entre 5 800 et 6 000 étudiants. On n’a, pour l’instant, pas la volonté d’augmenter. Et nous n’en avons pas la capacité de toute façon.

Avec un attrait plus particulier sur certaines filières ?

On a toujours nos deux grosses filières qui sont le droit et la psycho. Et on est en tension en Staps. Mais on a par contre, depuis cinq-six ans, une augmentation du nombre d’étudiants qui ne font pas forcément la première année chez nous, mais s’inscrivent en 2e ou 3e année. C’est plutôt un indicateur positif, qui montre qu’on a une réputation de plutôt bien s’occuper de nos étudiants. Et qu’on reste une université à taille humaine.

Comment se passe la cohabitation avec l’université de Montpellier ?

On ne joue pas dans la même cour, tout simplement. On est complémentaires, sur la recherche, sur nos formations. Mais eux visent le classement de Shanghai. Nous, on est plus sur l’accompagnement des étudiants. Je l’ai déjà dit mais mon classement de Shanghai, c’est la réussite des étudiants. Et nous sommes aussi une réponse pour des étudiants qui ne peuvent pas aller sur des grands centres universitaires, ne serait-ce que financièrement.

« En moyenne, 6 étudiants sur 10 ne passeront pas en deuxième année »

Reste cependant une réalité : le fort taux d’échec en première année d’université, comme partout.

Ça fait partie du discours que je vais dire aux étudiants ce lundi : s’ils croient qu’ils sont en vacances parce qu’ils ont choisi la fac au lieu de la prépa, ils vont se mettre le doigt dans l’œil parce qu’il y en a quand même entre 5 et 6 sur 10 qui vont disparaître en fin de première année.

Comment l’expliquez-vous ?

C’est une problématique sur laquelle nous allons travailler cette année. On a parfois des jeunes qui vont à l’université par défaut ou qui ne savent pas quoi faire. Ou des bacs qui ne correspondent pas aux filières qui sont demandées, ce qui induit une mauvaise orientation. Ensuite, il y a des jeunes qui ne sont tout simplement pas prêts : parce qu’entre la terminale où c’est hyper structuré et suivi et l’université où ils seront plus livrés à eux-mêmes et parfois loin des familles, c’est une falaise à franchir.

Comment vous allez tenter de réduire ce taux d’échec ?

Dans le cadre de l’EPE (Établissement public expérimental, créé le 1er janvier dernier. Le projet, qui réunit un ensemble de partenaires gardois a notamment pour objectif d’établir des parcours de formation adaptés pour les jeunes du territoire et d’ailleurs, NDLR), nous voulons, grâce à la proximité avec les lycées, mieux travailler sur l’orientation. Et mieux préparer les jeunes à ce qui les attend en multipliant, par exemple, les immersions. On est en train de monter un programme de préparation de la transition entre l’élève et l’étudiant.

Quels retours avez-vous de la part des établissements scolaires ?

Ils le comprennent parfaitement, vu qu’ils ont le même problème entre le collège et le lycée. Entre la troisième et la seconde, c’est un gap. On a fait une expérience en fin d’année avec la filière design avec huit futurs étudiants qui sont venus pendant une semaine et ont pu comprendre ce qu’on allait attendre d’eux. On est convaincu qu’ils ne vont pas percevoir la rentrée de la même manière, car ce ne sera plus un saut dans l’inconnu. L’EPE, pour moi, c’est surtout une dynamique locale, en faveur de l’enseignement supérieur et de la formation des jeunes. Il est encore ouvert pour agréger d’autres partenaires qui veulent vraiment contribuer de manière complémentaire et synergique. C’est vraiment ça le projet de développement de l’établissement à deux ans. Et après, une fois qu’on aura stabilisé ça, on verra dans laquelle mesure on a la capacité de faire accroître nos effectifs. Mais là, on a deux écueils.

« On a 300 personnels, tout compris, là où on devrait en avoir 600, si on était à la moyenne des autres universités… »

Qui sont ?

Les ressources humaines d’abord. Tant que l’État ne nous mettra pas au niveau des autres établissements, on sera bloqué. On a 300 personnels, tout compris, là où on devrait en avoir 600, si on était à la moyenne des autres universités… On a 120 enseignants pour 6 000 étudiants ! On nous dit qu’on est entendu, mais qu’il n’y a pas les financements. Second point, les infrastructures.

Les discussions ont-elles avancé sur ce sujet ?

Là, c’est stand-by pour l’instant. Il y a des possibilités, mais d’ici dix ans. Sauf que ce n’est pas dans dix ans que nous avons des besoins. Après, à un moment donné, si je n’ai pas les moyens de faire, on sera obligés de baisser la voilure. Sinon ça voudrait dire mettre les gens en difficulté.

Vous avez malgré tout des projets, notamment sur la formation continue.

Ça va être un gros axe de développement en 2026. Car on a été créé comme une université dite à vocation professionnalisante. Donc pour former des jeunes mais aussi permettre à des salariés de monter en compétences. Et là on a plusieurs offres et on propose aussi des microcertifications, avec une formation sur un jour ou sur une compétence donnée. Et on continue à développer l’apprentissage. On considère que c’est une chance d’avoir une formation en alternance car la partie théorique n’est plus déconnectée de la partie pratique. Après, c’est sûr qu’on ne va pas être aidés si l’État continue de couper dans les aides à l’apprentissage…

D’autres axes de travail pour 2026 ?

Gardener, notre projet phare (qui a pour vocation de lutter contre les vulnérabilités du territoire gardois, qu’elles soient climatiques, environnementales, de santé, démographiques ou sociales), va prendre encore de l’ampleur puisqu’on va rentrer dans sa troisième année. L’Institut de recherche interdisciplinaire Risques et Société (IRIS), qui regroupe l’ensemble des structures de recherche de l’établissement plus certaines de l’EPE, va être créé d’ici la fin de l’année, ce qui va mettre encore un boost sur la recherche en lien avec les vulnérabilités du territoire. Et nous avons aussi enfin notre centre de soins.

Comment se structure-t-il ?

On a recruté un médecin, une infirmière notamment. Jusqu’à présent, nous n’avions qu’un centre de prévention : nos professionnels de santé ne pouvaient pas faire d’acte, ne pouvaient pas prescrire. Typiquement, quand on faisait venir une gynécologue, elle n’avait pas l’autorisation de faire un frottis. Désormais, tous nos spécialistes, addictologue, nutritionniste, gynécologue, psychologue, médecins, pourront faire des actes et prescriptions. On passe un cap important dans le suivi médical de nos étudiants.

Quelle sera la tonalité de votre discours en ce lundi de prérentrée pour vos étudiants ?

Je ne veux pas cacher la vérité aux étudiants. On est là pour les aider, les accompagner. Et je les incite aussi à ne pas rester obnubilés par leurs cours. Il faut absolument qu’ils fassent autre chose, on propose énormément d’activités sur place. Mais s’ils ne travaillent pas, ils échoueront.

Comment voyez-vous les prochaines municipales à Nîmes ?

L’enseignement supérieur et la recherche ne seront pas un sujet électoral. Encore une fois. Et à mon grand désespoir.

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