Avenue Ségur, à Paris, un homme en costume sort d’un bâtiment pour venir chercher la délégation des représentants syndicaux, attendue en audience au ministère de la Santé et des Solidarités. Brahim Ould Aklouche, de la fédération SUD santé-sociaux, fait partie de la délégation. « On n’attend pas grand-chose, on va nous dire qu’on est dans un contexte d’austérité budgétaire et qu’il faut d’abord réarmer le pays avant de s’occuper des plus démunis », dit-il sur un ton pessimiste. Des résultats, il espère en obtenir bien plus par le rapport de force dans la rue plutôt qu’au cours d’entrevues au ministère.
Voilà pourquoi une large intersyndicale (CFDT, CGT, CFE-CGC, FO et SUD) avait appelé les travailleurs du social et médico-social à manifester ce mardi contre l’austérité budgétaire imposée à leurs secteurs. Sous le soleil parisien, ils étaient plusieurs centaines à manifester leur mécontentement.
« On est élastiques, mais au bout d’un moment ça lâche »
Éducateur spécialisé, Brahim Ould Aklouche travaille à Toulouse avec des jeunes qui souffrent de troubles psychiques et pointe du doigt le manque de moyens pour exercer son métier : « À chaque fois qu’on nous demande de faire des choses supplémentaires, le mot-clé c’est, à « moyens constants ». On est élastiques mais au bout d’un moment ça lâche », déplore-t-il.
Les syndicats exigent un financement à la hauteur des besoins des politiques publiques de solidarité, la sanctuarisation des budgets, un investissement dans les missions de service public et de solidarité, des conditions de travail respectueuses, une fin immédiate de la marchandisation du secteur, le versement inconditionnel pour tous de la prime Ségur, censée avoir revalorisé les salaires de tous ces travailleurs de « première ligne » ou « essentiels » depuis le Covid, ainsi que des conventions collectives de haut niveau.
Tout ce que ne mettent justement pas en pratique les budgets publics pour 2025. Les coupes décidées par le gouvernement Bayrou et ses soutiens se répercutent localement et mettent en danger les publics accompagnés, tout en dégradant les conditions de travail des professionnels.
« Ce que le gouvernement nous propose est catastrophique et on ne peut l’accepter », explique Esther Tonna, éducatrice à la protection de l’enfance à Nice, qui a désormais des responsabilités syndicales nationales au sein de la CGT Ufas (action sociale). Elle déplore la situation : « On manque de moyens pour répondre aux besoins de la population et on touche des salaires qui ne permettent pas de vivre correctement. En conséquence, les gens quittent le métier. »
Jessica, déléguée syndicale au sein de la CFDT, travaille dans un hôpital privé à but non lucratif en Seine-et-Marne et dresse le même constat : « Financièrement, c’est compliqué pour tout le secteur, que ce soit le privé, le privé non lucratif ou le public. Au moment de négocier, il n’y a même pas de discussion possible, car il n’y a juste pas d’argent. Rien que pour avoir un crayon de papier, c’est la croix et la bannière. »
Les baffles propulsent les revendications criées par les voix de manifestantes de l’aide à domicile : « Nous sommes fatiguées, nous sommes oubliées, nous ne sommes pas valorisées. » Une syndicaliste de Force ouvrière n’accepte pas d’avoir travaillé toute sa vie dans le secteur pour le voir désormais détruit à ce point : « Certains éducateurs changent de métier parce qu’ils en deviennent maltraitants, tellement ils n’en peuvent plus. »
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