France travail les a usées. Ce 3 mars au matin, face à la direction régionale de France travail, à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), une vingtaine de chômeuses de longue durée protestent contre une nouvelle bourde de France travail. Toutes ont participé, à la mi-septembre, à une formation pour obtenir le titre professionnel de secrétaire assistante médico-social. Une « préparation opérationnelle à l’emploi individuelle » (POEI) avec embauche à la clé d’après France travail. Victoire Bech, coordinatrice de la CGT chômeurs et précaires, présente en soutien et contactée début mars par l’une de ces femmes, évoque plutôt une formation « pourrie, bidon, une arnaque ».
Et pour cause : six mois après le début de la formation, aucune femme n’a été embauchée. Les entreprises partenaires évoquées n’existent pas : « Sur le papier, elles existent. Sauf que, quand les filles sont allées sur place, c’étaient des agences de photocopie, des « boîtes aux lettres ». Des entreprises qui n’ont certainement pas d’employés ni ne génèrent de chiffre d’affaires », déplore Victoire. Aucun examen pour obtenir le titre professionnel promis n’a été concrètement organisé. Pire encore, France travail a cessé de leur verser la rémunération de formation de France travail (RFFT) au bout de quatre mois de formation, les laissant deux mois sans ressources.
« Je ne lâcherai ni France travail ni l’organisme de formation »
Après d’innombrables relances par mail à son conseiller France travail pour obtenir gain de cause, Aya, mère célibataire au chômage, a sombré dans la dépression : « Je vais très très mal. J’ai deux enfants dont je dois m’occuper et je gère ça toute seule. J’ai dû me faire opérer en urgence de la vésicule biliaire tant j’étais stressée. » Elle le répète : « Je ne lâcherai ni France travail ni l’organisme de formation. »
Initialement financée par la région Île-de-France avant une rétractation de dernière minute, la formation a finalement été financée par France travail, qui l’a transformée en POEI, laquelle, elle, ne donne pas accès à un titre professionnel. Et c’est là tout le problème. « Les formateurs étaient payés pour nous montrer des vidéos sur YouTube. Je n’ai presque rien appris », déplore Laura.
Thomas Portes, député La France insoumise de la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis, juge « inadmissible » le financement de ces organismes privés par France travail, à hauteur de 8 900 euros par stagiaire. Francine Royon, membre de la CGT France travail, fait souvent face à des cas de formation frauduleuse : « Tant qu’on privatisera le marché public de l’emploi, inévitablement, ce genre de situation se produira. »
Près d’une demi-heure après leur arrivée, trois chômeuses sont finalement discrètement reçues en délégation par Denis Hermouet, directeur maîtrise des risques de France travail Île-de-France. Deux heures plus tard, elles ressortent. « Il s’est platement excusé, raconte Victoire. Il a écouté leurs revendications : elles seront indemnisées de manière rétroactive et pourront passer l’examen blanc. » France travail affirme avoir sanctionné l’agent France travail ayant favorisé l’organisme de formation. Pour la première fois depuis plusieurs mois, Aya, Laura et les autres femmes retrouvent enfin un sentiment de dignité.
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