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A la veille de la grande journée de manifestation et de grève du 18 septembre, Sophie Binet a accordé un entretien à « Midi Libre ». « On veut un budget de justice sociale qui ouvre des perspectives pour le pays et qui rompe avec la nuit sans fin du macronisme », assure la secrétaire générale de la CGT, qui évoque la « forte colère » des Français.
Quelle sera l’ampleur de la mobilisation ce 18 septembre, annoncé comme un jeudi noir ?
Ça va être une grande journée de grève et de manifestations. On a recensé plus de 260 manifestations, je pense qu’on va approcher des 300. C’est le niveau de maillage de la mobilisation contre la réforme des retraites. On s’attend à une forte mobilisation parce qu’il y a une colère énorme.
Notre but est de construire une mobilisation crescendo. Ce sera donc un succès à partir du moment où ce sera plus fort que le 10 septembre. Le 10, c’était d’abord de la colère. Le 18 septembre, ce sera aussi un message d’avenir : on veut un budget de justice sociale qui ouvre des perspectives pour le pays et qui rompe avec la nuit sans fin du macronisme. Ça n’est plus possible que ce soit toujours les travailleurs qui passent à la caisse. Depuis huit ans, on a subi des réformes (Code du travail, assurance-chômage, retraites…), il y en a ras le bol qu’on vienne chercher dans nos poches pour rembourser l’argent qui a été donné aux milliardaires.
Que demandez-vous concrètement ?
D’abord l’enterrement du projet de budget de François Bayrou. J’ai rencontré M. Lecornu lundi, et je lui ai posé des questions très précises, la seule chose qui est clairement abandonnée, c’est la suppression des deux jours fériés. Pour le reste, il n’y a pas de rupture. Il y a toujours dans les tuyaux une réforme de l’assurance-chômage, le doublement des franchises médicales, les 3 000 suppressions de postes dans les services publics, la baisse des pensions, des prestations sociales et des salaires dans la fonction publique… Tout ça est toujours sur la table.
Tout savoir sur la grève du 18 septembre
Vous demandez l’abrogation de la réforme des retraites. La CFDT parle d’une suspension. Vous aviez claqué la porte du conclave, Marylise Léon était restée. Vous n’êtes plus sur la même longueur d’onde ?
On est sur la même longueur d’onde, nous demandons tous la fin de la retraite à 64 ans. La suspension ne peut être qu’une étape vers l’abrogation de la réforme des retraites.
Vous voyez le budget Bayrou comme un « musée des horreurs », validez-vous en revanche le constat, la nécessité de faire 43,8 Md€ d’économies ?
Il faut faire attention à notre déficit, mais le niveau d’économie à rechercher est discuté par les économistes. 44 milliards, c’est assez violent d’un coup, avec un risque de récession. Et quelle que soit la facture, les marges de manœuvre existent. Il faut aller chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire aller taxer les patrimoines. Donc nous portons la taxe Zucman.
On veut un budget de justice sociale qui ouvre des perspectives pour le pays et qui rompe avec la nuit sans fin du macronisme.
La taxe Zucman serait-elle suffisante, sachant que des économistes remettent en cause l’ampleur des recettes qu’elle pourrait générer ?
Même si elle rapporte 6 milliards, ce sera toujours ça de pris. Nous portons aussi la nécessité de taxer les rachats d’actions et les dividendes, de rétablir l’ISF, de mettre en place une vraie progressivité de l’impôt sur le revenu. Parce qu’aujourd’hui, le problème, c’est que les milliardaires payent deux fois moins d’impôts que le reste de la population. Et puis, il y a les 211 milliards d’aides publiques aux entreprises qui sont donnés chaque année sans condition ni contrepartie.

Le pays plonge dans une crise politique profonde, il est au bord du gouffre financier selon François Bayrou, la colère sociale s’accentue. Quel rôle doivent jouer les syndicats dans ce moment si particulier ?
Notre rôle est central, ce que nous voulons, c’est remettre les problématiques des travailleurs au centre du débat public alors que les enjeux politiciens dominent. On n’a pas de revendications institutionnelles sur la censure, la dissolution, la destitution, ce n’est pas notre question. Nous, ce que nous voulons, c’est un changement de politique, parce que s’il n’y a pas d’avancées concrètes, cela viendra nourrir l’extrême droite, qui progresse sur le discours « on a tout essayé sauf ça », y compris la mobilisation syndicale, et sur le sentiment de déclassement. Le problème, c’est qu’Emmanuel Macron préfère organiser le chaos institutionnel plutôt que de changer de politique.
Le gouvernement redoute ce 18 septembre, comme lors du 10 septembre, des débordements. Craignez-vous des violences, des dérapages ?
Moi, ce qui m’inquiète très fortement, c’est la stratégie de maintien de l’ordre du ministère de l’Intérieur. Le 10 septembre, les violences étaient marginales, mais le dispositif policier était complètement disproportionné, on n’a jamais vu ça, et ça conduit à de la répression policière, des manifestants gazés et violentés de façon « préventive ».
Le problème, ce n’est pas les organisations syndicales, c’est la Ve République et le 49-3.
Heureusement, les gens étaient très majoritairement pacifiques et avaient bien compris le piège que veut nous tendre le ministre de l’Intérieur démissionnaire, qui met de l’huile sur le feu pour tenter de rendre impopulaires les mobilisations, en nous faisant passer pour des gens violents.
Avez-vous pris vous-même des mesures pour éviter les débordements ce 18 septembre ?
Les manifestations syndicales seront sécurisées comme d’habitude et se passeront très bien. Les problèmes sont en dehors des cortèges syndicaux, soit devant, soit derrière. Mais quand on manifeste avec les organisations syndicales, on n’a jamais de problème. Il ne faut pas se faire piéger par cette stratégie de la peur.
L’enjeu est-il, pour vous, de garder la main sur la contestation sociale, alors qu’émergent sur les réseaux sociaux des mouvements spontanés comme « Bloquons tout » ?
La CGT n’a pas de problème avec la démocratie. C’est bien que cette mobilisation ait pris dès cet été. Ça montre à quel point la colère est forte. La CGT a décidé de participer à la mobilisation du 10 et je me félicite que cette journée a été un succès parce que ça vient nourrir le 18. C’est comme ça qu’on continuera à avancer.
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La France n’a pas été paralysée, contrairement à ce qui avait été annoncé…
Non, mais la CGT ne l’avait pas annoncé, on savait très bien que le pays n’allait pas être bloqué. Nous avons cherché à construire la grève partout où c’était possible et il y a eu beaucoup de monde avec des gens qui se sont mobilisés pour la première fois, c’est très positif.
Les organisations syndicales sont-elles toujours en mesure, elles, de peser sur le pouvoir, sachant que les importantes journées d’action contre la réforme des retraites sont restées vaines ?
Le problème, ce n’est pas les organisations syndicales, c’est la Ve République et le 49-3. C’est ça qui a permis à Emmanuel Macron de passer en force sur la réforme des retraites. On avait prévenu qu’il le paierait par une profonde crise démocratique. On y est. Et s’il continue à passer en force, ça peut se traduire par une crise de régime.
Mais, aujourd’hui, nous sommes en position de force, parce que jamais un gouvernement, un Président, n’ont été aussi affaiblis.
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La mobilisation va-telle se poursuivre au-delà du 18 septembre ?La décision sera prise collectivement. Mais s’il n’y a pas de réponse du gouvernement sur nos revendications au lendemain du 18, la mobilisation ne va pas s’arrêter comme ça. Ça continuera à monter crescendo. Ça fait huit ans que le disque est rayé, qu’on nous dit matin, midi et soir qu’il faut faire des sacrifices pour rembourser la dette. Nous voulons sortir de la nuit sans fin du macronisme. Il faudra donc une pression sociale, tout au long de la discussion de ce budget, sinon, ce sont encore les milliardaires qui vont avoir le stylo. Nous voulons prendre le stylo et le chéquier. Et pour ça, comme on n’a pas la force de l’argent, il nous faut la force du nombre.
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