Éloge du service public – La chronique de Dominique Rousseau – 27 septembre 2025

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Les Français sont inquiets. Ils croyaient manger une belle tranche de viande et ils y découvrent du plastique. Ils croyaient qu’après l’affaire du Mediator la sécurité des médicaments serait assurée et ils découvrent que certains médicaments de la liste noire sont encore commercialisés. Ils croyaient pouvoir faire confiance à telle société immobilière du sud-est de la France – Apollonia – et aux établissements bancaires qui la soutenaient et ils se retrouvent surendettés.

Ce ne sont pas de « grandes » inquiétudes, de celles qui intéressent les « grands de ce monde » comme le déplacement du centre de gravité mondial vers la Chine ou la réalité du réchauffement climatique. Ce sont des « petites » inquiétudes, celles des « petites gens », celles du quotidien pour le travail, le logement, l’alimentation, la santé. Et ces inquiétudes-là sont dangereuses, car elles minent les vies et ruinent la possibilité même de faire société.

Si le contrat est rompu, la société se défait et la tentation du retour à l’état de nature s’impose.

Si les hommes ont quitté l’état de nature, disent les philosophes, c’est parce qu’y régnait l’insécurité. Ils ont décidé de se constituer en état civil pour vaincre cette situation, pour mettre fin à la peur, pour vivre dans un état de sécurité. Tel est le sens du fameux contrat social : des hommes acceptent d’abandonner la liberté totale dans la nature en échange d’une sécurité dans la société. Dès lors, si la société n’apporte plus la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire, la sécurité professionnelle, le contrat est rompu, la société se défait et la tentation du retour à l’état de nature s’impose : si l’état de société limite les libertés sans pour autant donner la sécurité, l’état de nature n’assure peut-être pas la sécurité, mais il donne au moins la liberté totale de faire.

Illusion sans doute. Mais qui ne peut être dissipée seulement par des discours, car les « petites » inquiétudes des « petites gens » ont besoin de « petites » choses pratiques pour être levées. Par exemple, la soumission de tous ces services élémentaires de leur vie quotidienne à la logique du service public qui emporte deux idées simples : « public » parce qu’il est dirigé par une personne publique, « public » aussi parce qu’il est soumis au contrôle des citoyens. À force d’entendre chaque jour accuser le service public et ses agents de tous les maux, il faut, en effet, rappeler l’esprit qui est à l’origine des services publics.

D’abord, garantir le principe d’égalité en permettant à chacun d’avoir un égal accès aux biens essentiels que sont l’éducation, la santé, le transport, la nourriture, le logement, l’énergie. Ensuite, assurer la cohésion sociale en développant les solidarités entre populations, entre catégories sociales, entre générations. Enfin, avoir le souci du long terme et de la pérennité du développement.

Tout autre est la logique de l’état de nature ; il met l’homme en situation d’être un loup pour l’homme, selon le mot de Hobbes. L’Europe elle-même, qui, par l’acte unique de 1986, a puissamment contribué au processus de « libéralisation » des services publics, réfléchit à l’élaboration d’une loi européenne définissant les principes et conditions permettant aux services d’intérêt économique général d’accomplir leurs missions.

Sans doute, les Français ne retrouvent pas là « leur » vocabulaire. Mais l’important est que, derrière des mots différents, se retrouvent les mêmes principes de service universel, de continuité, de cohésion sociale, d’accessibilité et de protection des usagers. Ces principes sont les conditions de la pérennité du contrat social en France. Et en Europe.

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