Élisabeth Borne a-t-elle abusé de son pouvoir pour faire avancer la construction de la Tour Triangle, à Paris, au mépris de certaines règles ? La ministre de l’Éducation nationale a été entendue en audition libre par les gendarmes le 31 mars, sur l’affaire de favoritisme autour de la construction de ce bâtiment situé dans le Parc des Expositions de la capitale. Des faits qui ne concernent pas son activité de ministre mais un poste antérieur : celui de directrice de l’urbanisme de la ville de Paris, qu’elle a occupé entre juillet 2008 et janvier 2013.
Cette convocation est passée sous les radars et ne figurait pas à l’agenda de l’ancienne première ministre. Élisabeth Borne « a été entendue, sous le régime de l’audition libre, (…) pour apporter son éclairage » dans cette enquête, a précisé une source du cabinet d’Élisabeth Borne à l’AFP, mardi 1er avril.
Un gratte-ciel de 42 étages
Son cabinet précise que « l’enquête (portait) sur les conditions d’attribution du contrat d’exploitation du Parc des expositions par la ville de Paris, soit une opération qui ne relevait pas de la direction de l’urbanisme ». Élisabeth Borne se défend de toute responsabilité dans cette affaire.
De quoi parle-t-on ? Haute de 180 mètres, la Tour Triangle est un bâtiment de luxe d’un coût de 660 millions d’euros. Ce gratte-ciel de 42 étages, essentiellement des bureaux et des chambres d’hôtels, est un projet mené à l’origine par Élisabeth Borne et Anne Hidalgo, qui à l’époque se trouvait être la première adjointe à l’urbanisme. La construction de la tour a commencé en février 2022, dix-huit ans après son lancement, et le bâtiment doit être livré en 2026.
L’affaire, elle, remonte à décembre 2013. Le site du Parc des Expositions de la Porte de Versailles, qui appartient à la ville de Paris, est alors concédé à la société Viparis, filiale du groupe Unibail-Rodamco. Le soupçon de favoritisme repose sur le fait que la Ville de Paris, dirigée alors par Bertrand Delanoë, avait résilié le contrat de concession d’exploitation attribué à Viparis pour le lui confier à nouveau par la suite via un bail de 50 ans.
La finalité : éviter à Viparis de s’acquitter du droit d’entrée de 263 millions d’euros demandé aux candidats de l’appel d’offres. Le bureau d’Anne Hidalgo avait été perquisitionné en juillet 2022 dans le cadre de cette affaire.
Des mails compromettants
Concernant Élisabeth Borne, malgré ses dénégations, des mails révélés par Le Canard enchaîné tendent à affirmer sa responsabilité dans le dossier. Le 9 février 2010, en aval d’une réunion avec la chambre de commerce et d’industrie de la région Île-de-France, Élisabeth Borne a envoyé à quatre hauts fonctionnaires de la Ville de Paris ce qui ressemble à des consignes qu’elle aurait elle-même reçues de Bertrand Julien-Laferrière, directeur du développement d’Unibail-Rodamco. Dans ces mails on peut lire : « Éviter de donner l’impression qu’on s’est concertés entre nous avant cette rencontre » ou encore « éviter de dire ”on s’est mis d’accord avec Unibail”, mais dire plutôt ”nous avons déjà expliqué tout cela à Viparis” ».
Une enquête préliminaire avait été ouverte par le Parquet national financier (PNF) en juin 2021 pour favoritisme suite à un signalement à la justice en juillet 2020 réalisé par la maire LR du VIIe arrondissement, Rachida Dati. Une plainte avait été également déposée contre X par l’association anti-corruption, Anticor, avec constitution de partie civile en février 2021. En conséquence de quoi une enquête a été confiée à des juges d’instruction en mars 2022.
Le média que les milliardaires ne peuvent pas s’acheter
Nous ne sommes financés par aucun milliardaire. Et nous en sommes fiers ! Mais nous sommes confrontés à des défis financiers constants. Soutenez-nous ! Votre don sera défiscalisé : donner 5€ vous reviendra à 1.65€. Le prix d’un café.Je veux en savoir plus !