Chaque mot compte : les élèves de 6e seront invités, à compter de septembre 2025, à effectuer des tests de forme physique – endurance, force musculaire, vitesse – dans le cadre des cours d’EPS (éducation physique et sportive). Ces tests, qui ne seront pas obligatoires, généralisent une expérience menée à la rentrée 2024 auprès de 4 000 élèves. Il s’agit, selon Emmanuel Macron qui avait annoncé lui-même cette initiative en 2023, d’évaluer la condition physique des jeunes. Un peu comme les tests nationaux de mathématiques et de français, en début de 6e, sont censés évaluer leur niveau scolaire. Et c’est bien là le problème.
4 % des élèves « en difficulté » pour leur condition physique
Ce que l’on sait, c’est que sur les 4 000 élèves testés cette année, 19 % ont donné des résultats jugés satisfaisants, et 4 % ont été jugés « en difficulté », nécessitant un « accompagnement ». Ce que l’on ne sait pas, c’est « à quoi ça va servir », déplore Coralie Benech, co-secrétaire générale du Snep-FSU (syndicat des enseignants d’EPS). Son collègue Éric Donate complète : « On a déjà des données sur la pratique sportive, qui indiquent des inégalités de genre, sociales, territoriales. Mais ce que l’on n’a toujours pas, ce sont les pistes sur lesquelles le ministère souhaite s’engager pour lutter contre ces inégalités. »
Le syndicaliste craint aussi une dérive vers du « teach to test », c’est-à-dire que l’existence de ces évaluations fasse dériver les cours de sport vers la seule réussite aux tests, au détriment des autres pratiques sportives, « d’autant que ces tests se font sur des tâches très normées, restrictives : il n’y a rien par exemple sur la manipulation d’un ballon, la danse… »
De fait, cette nouvelle disposition semble s’inscrire dans la droite ligne de décisions précédentes, à l’image des « 30 minutes d’activité physique quotidienne » en primaire : pour montrer qu’on agit, on affiche une mesure qui, en réalité, va dégrader la pratique sportive scolaire en prenant du temps et des moyens à l’EPS, mais avec une dégradation du niveau d’exigence dans la pratique sportive.
Pour Coralie Benech, le risque est de « mettre encore plus le sport dans le champ de la santé, voire du simple “entretien de soi” », au lieu de combattre les inégalités d’accès à de vraies pratiques sportives en renforçant le volume horaire, en construisant des équipements sportifs dont le manque constitue aujourd’hui un frein majeur à l’accès à la pratique, ou encore, dans le domaine parascolaire, en développant l’UNSS (Union nationale du sport scolaire), victime des malversations de ses anciens dirigeants et totalement négligée par le ministère.
L’autre risque est de voir s’accroître encore les inégalités face au sport. Dans un parallèle avec l’accès aux activités artistiques et culturelles, Éric Donate craint de voir une partie des élèves, déjà victimes d’inégalités socioscolaires, s’éloigner encore plus de la « culture du sport » tandis que d’autres, parmi les plus privilégiés, tireront encore plus de bénéfices de leur pratique. En clair, cette mesure ne pourra en aucun cas désamorcer la « bombe sanitaire » d’une jeunesse en proie à la sédentarité et à tous ses effets collatéraux en termes de santé publique.
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