Un lave-linge à la porte cassée ? Un vêtement déchiré ? À la poubelle ! C’est pour envoyer au rebut ce vilain réflexe que le bonus réparation a été mis en place en décembre 2022. Deux ans plus tard, ce dispositif incitatif semble avoir trouvé sa place. Selon un rapport des éco-organismes Ecosystem et Ecologic paru mi-janvier, 715 000 réparations ont été effectuées en 2024 avec cet accompagnement financier. Un sacré bond par rapport aux 181 000 remises en état enregistrées en 2023. Malgré tout, les organisations de l’économie sociale et solidaire notent des marges d’amélioration importantes pour transformer ces jolis débuts en succès populaire.
Le bonus réparation est une aide financière déductible du prix pour prolonger l’utilisation de 68 appareils électroniques ou de textiles, pour peu qu’un artisan labelisé s’occupe de l’aspirateur, du grille-pain, du rameur d’appartement, du réfrigérateur, de la trottinette, du drone ou de la guitare cassés. Au lieu de payer le coût total, le propriétaire du bien profite d’une réduction qui peut aller jusqu’à 60 euros en fonction de l’appareil. L’artisan réparateur, lui, est remboursé par les organismes en charge de ce bonus mis en place pour « encourager la réparation d’un produit cassé, au lieu de le remplacer par l’achat d’un produit neuf », selon le ministère de la Transition écologique.
En moyenne, la prise en charge est passée de 24 euros en 2023 à 33 euros l’année suivante
Le Gifam, syndicat des fabricants de petit et gros électroménager, se félicite par la voix d’Olivia Guernier, sa déléguée générale, de « la montée en puissance d’un dispositif récent ». Deux évolutions du bonus expliquent sa montée en charge : l’élargissement des critères des panne concernés et l’augmentation du remboursement. En moyenne, la prise en charge est passée de 24 euros en 2023 à 33 euros l’année suivante, pour un coût de réparation des appareils électroménagers entre 50 et 150 euros, selon la plateforme StarofService. Les fonds versés au titre de ce bonus ont été multipliés par près de six, passant de 4,4 millions d’euros en 2023 à 25,4 millions en 2024, selon les données des éco-organismes.
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« L’accélération devrait continuer en 2025, car nous avons mené des campagnes de communication avec Ecologic pour informer les Français de ce système », prévoit Claire Lemarchand, porte-parole d’Ecosystem, un des deux éco-organismes en charge du dispositif. Pour Olivia Guernier, il faut « sensibiliser dès l’acte d’achat du consommateur et l’inciter à aller vers un appareil réparable. On constate que les appareils ont une plus longue durée de vie. Mais la perception de la réparation en cas de panne, même si elle s’améliore, reste trop faible ». Dans ce but, les organismes ont mis en place un « indice de réparabilité » permettant aux acheteurs d’évaluer la durée de vie d’un appareil à l’achat et la disponibilité des pièces détachées. Mais changer les esprits demandera du temps. Selon le baromètre sur le service après-vente de Fnac Darty 2024, seuls 38 % des acheteurs envisagent la réparation de leur appareil avant d’en acquérir un neuf. La raison principale tient au coût. « S’il est de 100 euros et que l’appareil neuf équivalent coûte 300, les gens préfèrent acheter un neuf », reconnaît Claire Lemarchand.
« Il manque entre 2 000 et 5 000 réparateurs, et le maillage territorial n’aide pas »
Reste que si tous les consommateurs étaient convertis à la réparation, la filière, en l’état, ne pourrait pas faire face à la demande. Selon Nesrine Dani, directrice de l’éco-lieu solidaire d’ Envie-le Labo, et membre de l’association écologique Envie, « il manque entre 2 000 et 5 000 réparateurs, et le maillage territorial n’aide pas ». Un point également noté par le Gifam et les éco-organismes, qui évaluent à 3 500 la pénurie de réparateurs formés et qualifiés.
Bien que le nombre de réparateurs labélisés QualiRépar ait augmenté de 812 en 2023 à 1 257 en 2024, « tant que l’on n’aborde pas le sujet de la formation, on n’arrivera pas à cet objectif de démocratisation de la réparation », analyse la directrice d’Envie, qui alerte sur le fait que le système du bonus ne bénéficie pas aux artisans. « Il prend en compte très peu de marge, voire pas de marge du tout. Et son application demande du temps administratif qui ne nous est pas payé », estime Nesrine Dani. Or, il y a des marges de manœuvre.
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Sur les « 125 millions d’euros » dédiés au bonus réparation, elle estime que seuls 20 % ont été utilisés pour l’instant. Somme qui doit être répartie jusqu’en 2027. « On a demandé qu’une partie soit reversée pour absorber ces charges administratives. » Les associations déplorent aussi le manque d’uniformisation du dispositif, avec deux éco-organismes différents en charge pour l’électronique, contrairement au textile où Refashion est le seul interlocuteur. Muscler le bonus réparation est donc affaire de gros sous, mais pas seulement. Envie estime « qu’un seul lave-linge reconditionné (réparé à neuf à partir de pièces d’appareils en fin de vie) a la même empreinte carbone que 49 nouveaux appareils ».
Qu’est-ce que ce label QualiRépar a changé pour vous ?
Ce bonus réparation a amélioré l’image de la profession. Être labellisé rassure les clients et fidélise ceux que nous avions déjà. Mais cela a aussi apporté un surcroît de travail administratif. Il faut récupérer des informations sur chaque appareil pour les enregistrer, ce qui prend environ cinq minutes. Parfois, les numéros de série sont illisibles, ce qui empêche de bénéficier du bonus. Obtenir le paiement du bonus est aussi très chronophage : dix à quinze minutes par dossier. Cela semble minime dans une journée de travail de huit heures. Mais multiplier par le nombre d’appareils pris en charge, on prend du retard. On doit consacrer des journées entières à traiter de 25 à 30 dossiers. Un autre inconvénient est le décalage de trésorerie. Par exemple, sur une réparation de 80 euros, je n’encaisse que 60 euros, les 20 restants nous étant versés quelques semaines ou mois plus tard, jusqu’à six mois. À raison de plusieurs centaines de dossiers par an, cela représente plusieurs milliers d’euros en attente, ce qui est compliqué pour une petite entreprise. La simplification du dispositif pour les réparateurs est essentielle.
Les consommateurs sont-ils assez sensibilisés à l’importance de la réparation ?
Je dirais qu’environ 30 % gens le sont. Il y a deux types de clients. Ceux motivés par des raisons économiques : réparer faute d’argent pour acheter du neuf. Ceux motivés par l’écologie. Ces clients faisaient déjà réparer leurs appareils avant le bonus, peu importe le tarif, tant que c’est raisonnable.
Les clients sont-ils plus nombreux depuis l’instauration du bonus ?
Non, c’est encore peu connu. Deux clients sur trois ont entendu parler du bonus, mais sans forcément savoir à quel montant ils ont droit ni comment cela fonctionne. Un tiers n’en a jamais entendu parler. On doit donc les sensibiliser. Malgré tout, la fréquentation n’a pas augmenté depuis sa mise en place.
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