Ils s’étaient déjà rendus à Bétharram, les 17 et 18 mars derniers, pour y rencontrer des victimes, des autorités et y saisir des documents. Ce vendredi 4 avril, Violette Spillebout (Ensemble, Nord) et Paul Vannier (FI, Val-d’Oise), les deux corapporteurs de la commission d’enquête parlementaire, étaient à Arras et à Liévin, dans le Pas-de-Calais.
Il s’agissait cette fois de se pencher de plus près sur le cas de la communauté catholique intégriste de Riaumont et son sinistre village d’enfants, dont plusieurs membres ont été jugés ou sont toujours mis en examens pour des violences, y compris sexuelles, sur mineurs. On peut rappeler au passage que l’un d’entre-eux est Philippe Vedovini, le grand-père du petit Émile, disparu en juillet 2023 dans les Alpes-de-Haute-Provence.
« Le contrôle des établissements hors-contrat est totalement défaillant »
Joint par téléphone à l’issue de cette journée, Paul Vannier confirme que la rencontre avec les victimes et leur collectif « a été un moment très fort, très important, qui nous a permis de mesurer l’ampleur et la gravité des violences physiques et sexuelles qui ont été commises ». Alors que le lieu a souvent été décrit comme un véritable bagne par ses anciens pensionnaires, il confirme que la communauté catholique que le gérait s’y livrait à une véritable « exploitation des enfants, qui pouvaient être contraints de porter du béton, des pierres, parfois en pleine nuit, pour construire des bâtiments, tout en étant insuffisamment nourris ».
Un moment fort, aussi, parce que « les victimes, complète le député, ont pu nous témoigner de leur soulagement d’être enfin reconnues comme telles, et de l’importance que cette reconnaissance vienne de la représentation nationale elle-même. »
Autre enseignement : la table ronde organisée le matin en préfecture du Pas-de-Calais, avec des représentants de toutes les administrations concernées (préfet, Éducation nationale, Jeunesse et sports, collectivités territoriales…) a permis aux corapporteurs de « découvrir à quel point le contrôle des établissements privés hors contrat par l’État est totalement défaillant ». Paul Vannier décrit « des services qui avaient tous leur propre chronologie des contrôles, avec beaucoup de temps perdu et des informations qui ne circulent pas ou mal, entre le département et l’État par exemple, ou entre les différents services déconcentrés de l’État ».
Quand le cabinet Blanquer se montre sourd aux alertes
Un cloisonnement qui a eu de lourdes conséquences. En janvier 2014 par exemple, la préfecture rend un avis favorable sur la demande d’ouverture, à Riaumont, d’un établissement hors contrat. Pourtant, selon le député, à ce moment-là l’un des prêtres de la communauté est déjà mis en examen pour détention d’images pédopornographiques. Et en 2012, une inspection a certes conclu favorablement à l’ouverture, mais en émettant de sérieuses réserves sur les plans sanitaire et pédagogique.
Pire : en mai 2017, « la préfecture et le rectorat envoient des courriers au cabinet du ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Jean-Michel Blanquer, pour demander la fermeture du village d’enfants : pendant des mois, ils n’auront aucune réponse ». Et il faudra attendre 2019 pour que la fermeture soit prononcée. Ce qui n’a pas empêchés que des groupes scouts continuent d’être accueillis à Riaumont pour de courts séjours, l’interdiction définitive de l’accueil de mineurs étant finalement prononcée en… janvier 2025.
Prise en compte des violences physiques et sexuelles
La commission d’enquête va devoir à présent étudier les documents rapportés de cette journée, tout en poursuivant la semaine prochaine ses auditions à l’Assemblée – où devraient être entendus, notamment, Christian Mirande et Alain Hontangs, le juge d’instruction et le policier intervenus lors de la mise en examen pour viol de Pierre Silviet-Carricart, l’ancien directeur de Notre-Dame-de-Bétharram.
Mais pour Paul Vannier, le travail de la commission a déjà montré son utilité, comme l’ont montré « les évolutions notables de la position du Secrétariat général de l’enseignement catholique » (SGEC), lors de son audition, sur la prise en compte des violences physiques et sexuelles, le consentement aux contrôles ou la mise en œuvre du nouveau programme d’Evars (éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle).
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