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Manuel Valls était Premier ministre au moment des attentats du 13 novembre revient sur cette nuit d’horreur, et comme il l’a vécue. En tant que chef du gouvernement, et en tant qu’homme.
Comment avez-vous appris qu’il se passait quelque chose de grave ce soir-là ?
J’étais à mon domicile au terme d’une longue journée passée à Dijon. J’étais revenu avec un de vos confrères, à qui j’avais dit combien j’étais inquiet par rapport au niveau de menaces auxquelles nous faisions face. J’avais décidé de ne pas aller au Stade de France pour le match puisque le président de la République, François Hollande, s’y trouvait. Lui, puis le ministre de l’Intérieur, m’ont appelé pour me faire part de deux explosions à l’extérieur du stade de France.
Et puis j’ai reçu un appel d’un journaliste du Monde qui habite en face du restaurant la Belle équipe, mon domicile est à 150 mètres de cette terrasse. Il me dit que ça tirait dans tous les sens, il y avait des gens par terre, des armes de guerre utilisées. Et j’ai compris que nous étions dans ce basculement que nous craignions, une attaque multisites.
Ce qui va être confirmé…
Oui, très vite, on a eu des informations sur les attaques des autres terrasses. J’ai rejoint le président de la République, le ministre de l’Intérieur, à l’Élysée, puis au PC de crise, où nous avons appris l’attaque et la prise d’otages au Bataclan, et tous les autres actes terribles sur plusieurs terrasses de Paris.
Vous redoutiez ce type d’attaques en particulier ?
Le matin même, mon équipe de Matignon, hasard terrible des choses, avait relu une note réalisée par le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, à ma demande, qui formulait des préconisations en cas d’attentat de masse.
L’un des éléments, c’était la mise en œuvre immédiate de l’état d’urgence, ce que j’ai proposé au chef de l’État, et qui a été adopté par le Conseil des ministres, convoqué dans la nuit. Les services de l’État avaient en tête ces risques. Les sapeurs-pompiers de la sécurité civile, le matin même, avaient réalisé un exercice pour pouvoir réagir dans ces conditions.
Puis vous vous êtes rendu au Bataclan, avec le chef de l’État et le ministre de l’Intérieur ?
Nous avons pris un risque, car les terroristes n’avaient pas été arrêtés, il y a toujours le risque du piège et de la réplique. Mais nous nous sommes rendus, avec la Garde des Sceaux aussi, et le Président de l’Assemblée nationale, et la maire de Paris, en haut la rue Oberkampf. Nous ne sommes pas entrés dans le Bataclan. Seuls le procureur Molins et les policiers sont rentrés dans cette salle.
Dans des moments pareils, l’homme parvient à s’effacer derrière la fonction ?
C’est la tragédie, l’horreur, qui vous saisit. Mais j’ai eu comme premier réflexe de m’enquérir, de savoir où étaient mes quatre enfants. C’était un vendredi soir, il faisait très beau, et je ne savais pas où ils étaient… Et puis très vite, l’action reprend le dessus. C’est-à-dire que vous êtes obligé de vous mettre dans la responsabilité. Qui est de coordonner avec les services de police et de gendarmerie la réponse, la traque, les décisions à prendre : état d’urgence, fermeture des frontières, discussion avec nos homologues belges, etc.
Le lendemain, je me suis rendu à l’école militaire, où on recueillait toutes les informations sur les morts, les blessés. C’était insoutenable, les familles y apprenaient parfois le décès d’un proche. Parmi les victimes, il y avait deux personnes au moins que je connaissais.
Dont Victor, né à Barcelone, fils de militants socialistes, des amis. Elle, est élue dans le XIe arrondissement. Ce garçon était sur l’une des terrasses… Ce sont des moments terribles, on reste marqué à tout jamais. Ça n’a rien à voir avec ce que vivent les victimes, les familles, évidemment, mais si on est indifférent à ça, on perd toute humanité.
Le 13 novembre a marqué un changement d’époque ?
Oui. Il y avait eu Charlie, avec une réponse puissante de la société, quelque chose avait mobilisé la France. Avec le 13 novembre, on s’est attaqué à la jeunesse, à une forme de vie, c’était la sidération.
J’étais très attentif avec le président Hollande que ça ne bascule pas vers autre chose. Il y avait des élections régionales quelques semaines après, elles ont eu lieu dans des conditions normales. Puis, nous avons pu tenir la COP 21 qui a rassemblé de nombreux chefs d’État et de gouvernement. La vie politique, démocratique, internationale, a repris le dessus. Mais le 13 novembre restera comme une bascule.
Et même si nous n’avons pas sombré dans le chaos, on s’est retrouvé face à autre chose, et nous n’en sommes pas sortis encore aujourd’hui. Parce qu’après il y a eu d’autres attentats, Nice, la mort du père Hamel, Samuel Paty… Et des attentats dont les musulmans, eux aussi, ont été souvent les victimes. Il faut toujours rappeler que les grandes victimes du terrorisme islamiste dans les pays arabo-musulmans sont les musulmans.
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