Du retour du « pognon de dingue » – La chronique de Jean-Philippe Milesy – 12 septembre 2025

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Il en est des légendes « politiques » comme des légendes urbaines, elles sont toutes plus infondées les unes que les autres. Ainsi une légende politique se répand qui semble, comme je l’écrivais dans une chronique précédente, contribuer à fermer le cercueil de la Sécurité sociale d’Ambroise Croizat et Pierre Laroque. Un matin de cette semaine encore, l’animateur de la matinale de France culture reprenait l’antienne des « 60 % de Français qui reçoivent plus de l’État qu’ils n’y contribuent ».

C’est là une nouvelle version du « pognon de dingue » dénoncé il y a quelques années par le président de la République. Et c’est là encore une mystification. Les transferts de la Sécurité sociale dont on commémore ces jours-ci le 80e anniversaire sont purement assimilés à des versements de l’État en contradiction totale avec l’esprit de la Sécu voulue par Laroque et Croizat.

« De chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins »

Que sont les cotisations selon les pères fondateurs ? Du salaire différé socialisé selon le principe solidaire « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins ». Ces cotisations sont fondées sur le produit du travail des salariés quelle que soit la répartition entre part salariale et part patronale. Ainsi une bonne part du « pognon de dingue » d’Emmanuel Macron est notre pognon et nous ne serions des dingues que si nous renoncions à le voir reconnaître comme tel.

Avec le recul de la démocratie sociale sous l’offensive libérale dès les années soixante-dix du siècle précédent, une bataille des mots – une de plus – va être perdue et dans le discours dominant aux « cotisations » vont se substituer des « charges sociales ». Le lien au travail salarié est dissous ; avec les charges et les politiques d’exonérations, on va assister à un hold-up des fruits du travail au bénéfice du capital.

Appropriation par l’État des transferts sociaux

Certes avec l’apparition du chômage de masse, avec la croissance des dépenses de santé et une couverture améliorée de celle-ci par la Sécurité sociale – même si celle-ci depuis les ordonnances gaullistes de 67 n’a cessé d’être dénaturée par les gouvernements successifs – une part des dépenses de santé va être financée par la fiscalité et des dispositifs nouveaux comme la CSG promue par Michel Rocard.

Pour autant, l’appropriation par l’État – en fait par les gouvernements dans leur communication politique – de l’ensemble des transferts sociaux est une nouvelle étape de l’effacement la démocratie sociale voulue à la Libération et construite dans les luttes ouvrières et le dialogue entre syndicats et patronats. Ces derniers sont largement dépossédés des prérogatives qui étaient les leurs.

Dans tous les domaines, négociations collectives et paritarisme sont corsetés par le pouvoir politique au libéralisme de plus en plus autoritaire. Si très récemment le conseil d’administration de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) s’est, modestement, rebellé et a refusé le doublement des franchises, on sait que le nouveau gouvernement ne tiendra aucun compte de ce vote.

Comme je l’écrivais dans d’autres chroniques, à l’heure où se profilent des mobilisations populaires, parfois incertaines, mais qui traduisent les douleurs et les désarrois d’une part croissante de la population de notre pays, l’urgence serait d’une réappropriation par les travailleurs de la Sécu que Croizat et Laroque avaient voulu initialement leur confier.

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