Incendies en Occitanie (4/7) : renforcer les moyens aériens ? Le rapport parlementaire qui met à mal les promesses présidentielles

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À l’heure où le pourtour méditerranéen fait face à une série d’incendies, la députée socialiste de Lozère Sophie Pantel et son collègue Insoumis de Haute-Vienne Damien Maudet ont rendu un rapport d’information détonnant sur la stratégie de renouvellement de la flotte aérienne de la sécurité civile. Celle-ci est jugée vieillissante et son remplacement est loin d’être garanti.

Un faux incendie, allumé à proximité du tarmac de l’aéroport nîmois, avait permis de faire la démonstration, sous les yeux du président de la République, du savoir-faire de la sécurité civile. Quelques minutes plus tard, Emmanuel Macron, enthousiaste, dessinait le bilan « sans précédent » de sa politique. « On a complètement transformé les moyens qui sont à notre disposition, qu’ils soient terrestres ou aériens ». Il ambitionnait même « de relancer la filière des Canadair, une fierté française […] Les deux premiers seront déployés au plus tard pour 2027 ». C’était en juin 2023. Quelques mois plus tôt, il avait même promis le remplacement intégral de la flotte d’ici la fin du quinquennat.

Deux ans plus tard, au moment où le sud de la France s’embrase, un rapport parlementaire vient mettre à mal ces promesses jupitériennes. « Les moyens aériens de la sécurité civile font aujourd’hui face à une crise majeure », écrivent la députée socialiste de Lozère, Sophie Pantel, et son collègue Insoumis de Haute-Vienne, Damien Maudet, qui ont analysé la stratégie « pas clairement définie » de renouvellement de cette flotte pourtant si précieuse dans le combat du feu. Décryptage.

1- Une flotte « vieillissante », « inadaptée »

Le constat est d’abord implacable. « La flotte aérienne, actuellement composée de 60 aéronefs (23 avions, 37 hélicoptères), n’est plus adaptée aux missions auxquelles doit faire face la sécurité civile, en raison de l’intensification du risque incendie sous l’effet du changement climatique ». Dit autrement, il n’y en a plus assez pour couvrir l’ensemble du territoire dans des délais raisonnables. Surtout, la France fait face à un vieillissement « notable » des avions et la situation la plus critique est celle des 12 Canadair, « dont la moyenne d’âge est de 30 ans ». Leur exploitation intensive, notamment en mer ce qui accélère leur corrosion, rend nécessaire un important travail de maintenance. « En découle une indisponibilité des appareils très insuffisante, aucun avion n’ayant été en état de voler certains jours à l’été 2024 ». Autre problème, la chaîne de production ayant été arrêtée en 2015, certaines pièces détachées s’avèrent introuvables.

Si les huit Dash, avions multirôles complémentaires aux Canadair, ont été en partie renouvelés – il faudrait tout de même en acheter deux au minimum – les trois Beechcraft, avion de reconnaissance et de coordination des opérations arrivent en fin de vie, « ce qui rend nécessaire leur remplacement rapide », relaient les deux députés. Ils ajoutent que ce vieillissement des appareils a des conséquences sur les conditions de travail des personnels de la sécurité civile, alors même « que le secteur souffre d’un manque d’attractivité », notamment sur les rémunérations.

2- La trop coûteuse location d’aéronefs

Face aux besoins, la sécurité civile loue des aérnoefs, « notamment dans le sud de la France ». Le contrat permet de disposer de six bombardiers d’eau d’une capacité de largage de 3 tonnes (contre 6 pour les Canadair) et de dix hélicoptères. Une solution d’appoint, notent Sophie Pantel et Damien Maudet… Mais l’intensification globale du risque incendie et la rareté de certains aéronefs font grimper la demande, donc les prix. 30 M€ en 2025, « 120 M€ depuis 2020 ». « Ces éléments militants pour l’acquisition d’aéronefs en propre », concluent les élus. Un Canadair coûterait aujourd’hui quelque 35 M€.

3- Le danger d’un monopole canadien

Sauf que… le renouvellement des Canadair n’est pas si simple. Les deux nouveaux appareils évoqués par Emmanuel Macron pour 2027 arriveraient au mieux « fin 2028 ». La raison ? Le constructeur, l’entreprise canadienne De Havilland of Canada, est en situation de monopole. Ainsi, alors qu’elle avait dévoilé son nouvel avion plus moderne en 2018, le processus de négociation avec l’Europe, dans lequel la France s’est positionnée, a été « complexe » et « âpre », n’aboutissant à une signature qu’en 2024. Conséquence : la chaîne de production vient tout juste d’être relancée. Or, écrivent les députés, « une livraison des appareils en 2028 suppose un rythme de production soutenu dès les premières années, ce qui est rarement possible », alors même que De Havilland n’a jamais construit de Canadair jusque-là. Surtout, « il n’est pas exclu que le constructeur canadien, profitant de son monopole, favorise une demande régionale », dans le contexte d’incendies toujours plus violents qui frappent l’Amérique du Nord. Une autre commande de deux Canadair évoquée par le gouvernement français, quand bien même l’annulation d’une ligne de crédit de 53 M€ en 2024 vient mettre un doute sur ses intentions – ce qui pousse les députés à réclamer une clarification de la stratégie –, ne pourrait donc pas se concrétiser « avant 2032 ». « Il est donc urgent de développer une filière industrielle française et européenne d’avions bombardiers d’eau », avancent les deux élus.

4- Une filière française… en urgence

Cela rejoindrait la promesse nîmoise du Président. Or, plusieurs projets européens sont dans les cartons. C’est le cas notamment du Frégate 100, de la start-up française Hyeanero, un avion amphibie bombardier d’eau d’une capacité de largage supérieure à 10 tonnes, « deux fois plus efficace que le Canadair ». Kepplair Evolution a elle développé une alternative aux Dash. Mais, notent les députés, « le marché des avions de lutte contre les incendies est un marché de niche ». Les lettres d’intention de la sécurité civile ne suffisent pas pour « assurer l’équilibre financer des programmes de production ». « Des aides publiques sont nécessaires pour mener des projets à bien et les crédibiliser », ce qui manque encore. Les élus proposent donc qu’une partie des crédits consacrés aux Canadair puissent être dirigée vers le développement des projets français et européens et que l’Europe lance dès à présent « des commandes massives ». « La coopération européenne est une solution pertinente afin de mutualiser les moyens aériens de protection civile », disent-ils, ajoutant tout de même que ce dispositif « doit aller de pair avec le maintien d’une flotte nationale autonome ».

EN DIRECT Un incendie s’est déclaré près de Fabrègues, dans l’Hérault. Plus de 200 sapeurs-pompiers et quatre Canadair sont mobilisés, le vent léger complique les opérations. L’autoroute A9 a été coupée. Notre live par ici\u2b07\ufe0fhttps://t.co/j37C2JSKbH via @Midilibre pic.twitter.com/SFbgvITKmI

– Marion Pinn (@ Pignat1) Jully 5, 2025

Sophie Pantel et Damien Maudet rappellent d’ailleurs que « la diversité de la flotte aérienne est une des clés du succès de la sécurité civile française ». Ils encouragent donc aussi à envisager l’acquisition d’hélicoptères lourds bombardiers, alors que la France a refusé de se positionner sur un appel à propositions permettant l’achat de deux appareils financés par l’Europe, « une décision incompréhensible ». Ils évoquent aussi la solution développée par Airbus pour équiper son avion de transport militaire A400M d’un kit de largage d’une capacité de 20 tonnes. Ce ne peut être, selon les députés, « qu’un recours face à des méga-feux », mais il y a plusieurs avantages à cette option : la France possède déjà 24 exemplaires de cet appareil, ce qui limiterait les coûts. Surtout, selon Airbus, le prototype actuel pourrait être utilisé « dès cette saison des feux 2025 ». L’entreprise a annoncé la réussite d’une série d’essais de largage réalisée fin juin… sur l’aéroport de Nîmes. Sans le Président.



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