Éducation : pourquoi il faudrait rallonger le temps scolaire, contrairement aux idées reçues

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Il est parfois nécessaire de nager à contre-courant. Quelques jours après l’ouverture de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, Stéphane Bonnéry se jette ainsi à l’eau dans le dernier numéro de la revue La Pensée (dont il est le directeur). Loin des discours dominants et de leurs arrière-pensées, il y explique que pour permettre à tous les enfants d’apprendre et de partager une culture commune, il faudrait au contraire augmenter le temps scolaire – qui n’a cessé de reculer depuis 50 ans.

Il faut faire évoluer les rythmes scolaires car les élèves ne parviennent plus à suivre, nous dit-on. Pourtant, dans votre article, vous montrez que le temps scolaire n’a cessé de se réduire…

Stéphane Bonnéry

chercheur en sciences de l’éducation, membre du comité exécutif national du PCF

Oui : dans le premier degré, entre 1969 et aujourd’hui, les élèves ont perdu l’équivalent d’une année de cours – notamment avec la disparition du samedi matin, en 2008, puis le recul des Très petites sections (TPS) de maternelle, pour les enfants de moins de 3 ans, dont le taux de scolarisation est tombé de 35 % en 1998 à 10 % en 2022, surtout au détriment des zones d’éducation prioritaire.

À l’inverse, dans l’enseignement privé, la scolarisation à deux ans progresse. Ça signifie que ce sont des publics favorisés qui sont scolarisés plus tôt, alors que cela devrait avant tout bénéficier aux familles populaires. Mais cela répond avant tout à une logique comptable : économiser des postes pour accueillir à moindres frais la génération du baby-boom de l’an 2000.

Au collège, la réforme de 2016 a mis en place des enseignements interdisciplinaires qui se font à la place des cours, au lieu d’avoir lieu en plus des cours. Cela a donc conduit à un recul des heures d’enseignements disciplinaires équivalent à environ une demi-année de cours sur les quatre ans du collège.

Pour vous, la question de la surcharge de cours et de la fatigue des élèves n’existe pas ?

Les élèves les moins « fatigables » sont ceux qui ont déjà été habitués, dans les familles favorisées, à se livrer à des loisirs qui demandent de la concentration. À l’inverse, ceux qui n’ont pas l’habitude de devoir se concentrer doivent faire plus d’efforts à l’école, donc oui, ils se fatiguent.

Il faut ajouter à cela les réformes qui, sous Jean-Michel Blanquer en particulier, ont fait de l’école quelque chose de besogneux, où on ne stimule pas la réflexion. Or les élèves ont besoin de voir que ce qu’ils apprennent leur donne le pouvoir de penser le monde. C’est comme ça que l’école devient intéressante, stimulante… et c’est tout l’inverse du conditionnement et du « savoir-être » qui dominent dans les programmes ces dernières années.

Vous établissez un lien entre la volonté de réformer les rythmes scolaires et le recul de la transmission, par l’école, de la culture commune qui permet de faire société. Pouvez-vous nous expliquer cela ?

Dans le même temps qu’on a raccourci le temps scolaire, on a ajouté des contenus – enseignement de l’anglais en primaire, éducation artistique, diverses « éducations à » : au développement durable, à la santé, à la sexualité, à la route… – ce qui rend impossible de tout traiter. Cela a permis de justifier que l’on coupe les programmes en deux : d’un côté le « socle commun de connaissances, de compétences et de culture », obligatoire ; et le reste qui de fait, ne l’était plus.

Or on sait que plus on resserre le temps de l’apprentissage, plus on fait appel à ce que la famille transmet ou a transmis. C’est fondamentalement inégalitaire. Il faut que la Convention citoyenne repense l’articulation entre-temps scolaire et temps de loisir, parce que la complémentarité entre l’école et ses partenaires éducatifs, ce qu’on appelle péri ou parascolaire, a été dévoyée : soit pour privatiser une partie du scolaire, soit pour faire croire que des formes de socialisation, comme les centres de loisir, sont assimilables à du temps d’apprentissage.

On ne vient pas à l’école pour passer une journée ensemble : on vient étudier ensemble, découvrir des centres d’intérêt inconnus de sa famille, enrichir sa perception du monde en étudiant des objets sous des angles différents. C’est ce qui met le plus en difficulté les élèves issus de familles populaires : changer de regard, passer de la simple expérience à l’étude. Il ne faut pas se mentir : c’est à l’école qu’on apprend l’école. Ou alors, il faut payer : pour des cours de musique, de danse, d’arts plastiques, de sport… C’est ainsi que l’on renonce peu à peu à la transmission à tous d’une culture commune.

Donc pour vous, le but assigné à cette Convention serait de préparer le terrain à un nouvel affaiblissement du service public d’éducation ?

C’est manifestement le projet de Macron, tel qu’il l’a formulé dès août 2024. Il s’agit sans doute aussi de favoriser le privé, en l’aidant à maintenir ses effectifs malgré l’important recul démographique que nous connaissons. Dans le privé, l’argent public finance les enseignants et les locaux. Ce que les parents paient, c’est ce qui est en plus, et c’est ce qui peut la rendre attractive.

La gauche devrait au contraire proposer d’accroître le temps scolaire, pour que les professeurs se partagent les classes, pour qu’il y ait « plus de maîtres que de classe » – un dispositif auquel les enseignants sont très attachés et qui a fait ses preuves, mais qui a été quasiment éradiqué par Blanquer…

Augmenter le temps scolaire pour qu’à l’inverse d’aujourd’hui, les enfants apprennent sans souffrir et aussi qu’ils arrêtent d’être dans la rue ou devant des écrans. Car c’est un mensonge de faire croire que les enfants des quartiers populaires, ou ceux des zones rurales, pourront aller en masse à l’école de musique ou de danse.

Mais Macron se trompe peut-être en croyant pouvoir manipuler les gens. J’observe qu’il y a déjà eu deux Conventions, sur l’environnement et sur la fin de vie… et que les citoyens ne font pas forcément ce que l’on attend d’eux. On peut espérer que cette Convention se donnera la possibilité d’auditionner des gens qui apporteront une pluralité d’opinions. Et que le résultat n’est pas écrit d’avance.

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