Environ 5 % des industries sont responsables de 99 % des émissions de PFAS dans l’eau. C’est le résultat d’une analyse menée par l’association Générations futures, qui a rendu public ce mardi un rapport analysant les rejets de ces polluants éternels émis par les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), c’est-à-dire les installations industrielles et agricoles pouvant provoquer des nuisances et pollution. « Identifier les industries les plus émettrices est un enjeu majeur pour une action efficace de réduction des PFAS », explique Pauline Cervan, toxicologue et chargée de mission pour Générations futures.
Parmi les quelque 2 700 installations ICPE en France dont les émissions de PFAS ont été rendues publiques, 60 % ont indiqué avoir détecté ces substances dans leurs rejets. Toutefois, 225 sites ont retenu l’attention de l’ONG du fait de la masse de leur émission de polluants éternels ou de leur forte concentration dans l’eau. Ceux-ci œuvrent surtout dans la synthèse des pesticides et médicaments, le traitement des déchets et des métaux. L’utilisation des mousses anti-incendie est aussi une source importante d’émission de polluants.
Des données parfois faussées
Dans la liste des plus grands pollueurs établie par Générations futures se trouvent ainsi des entreprises telles que Solvay, TotalEnergies ou encore Arkema, dont les rejets de PFAS ont été établis à 27, 32 et 562 grammes par jour, là où le rapport établit le seuil de vigilance à un gramme par jour. Des industries plus modestes, comme Finorga à Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques, ont aussi retenu l’attention des spécialistes. L’usine de production de principes actifs pharmaceutiques émet 2,2 kg de PFAS par jour, et a publié des données faussées. « L’entreprise n’a pas cherché notamment la présence de TFA (acide trifluoroacétique) alors que cette substance est utilisée comme matière première de principes actifs », dénonce Pauline Cervan.
Les équipes de Générations futures ont utilisé pour leur rapport les informations que les industries elles-mêmes ont transmises aux directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Depuis le 20 juin 2023 en effet, une partie des ICPE ont l’obligation de mener une campagne d’analyse de l’eau aux alentours de leur site. Si ces données ont le mérite d’exister, elles sont toutefois trop parcellaires pour permettre une analyse complète. « Peu de prélèvements sont obligatoires et la liste des substances à rechercher est limitée. Il y a donc un risque important de sous-estimation des émissions », analyse Pauline Cervan.
Toujours est-il que l’analyse de ces informations, aussi imparfaites soient-elles, a permis à l’ONG de mieux comprendre quelles industries se cachent derrière les émissions des polluants éternels. « Peu d’industries sont responsables de 99 % des rejets. C’est inquiétant vis-à-vis des riverains de ces sites qui sont particulièrement exposés, mais c’est aussi porteur d’espoir puisque des actions très ciblées permettront de réduire efficacement les émissions », estime Pauline Cervan. S’il est possible de concevoir de puissants incinérateurs ou systèmes de filtration contenant la pollution, la mesure la plus efficace reste pour les sites de se passer entièrement des PFAS, estime l’association.
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