Lors de sa déclaration de politique générale mi-janvier, François Bayrou promettait de débureaucratiser les administrations publiques pour plus d’efficacité et un moindre coût. Message reçu cinq sur cinq par ses ministres de Bercy. Pour ne plus voir les comptes publics déraper et les déficits publics s’envoler, comme le gouvernement Attal-Le Maire l’a expérimenté fin 2023 début 2024, Éric Lombard et Amélie de Montchalin ont annoncé ce lundi avoir trouvé la solution : la création de non pas un comité Théodule, mais deux.
Le ministre de l’Économie et sa collègue aux Comptes publics ne font pas que reprendre l’idée du « comité scientifique » inventée il y a à peine quatre mois par leurs prédécesseurs Antoine Armand et Laurent Saint-Martin. Rappelons que ce comité scientifique, dont personne n’a encore vu le moindre des travaux, était composé de neuf experts « indépendants » et de haute volée charger d’aider le gouvernement à améliorer ses prévisions budgétaires ainsi que son suivi de l’évolution des comptes publics.
Un concept digne des Shadoks
Ce coup-ci, Éric Lombard et Amélie de Montchalin amplifient ce concept digne des Shadoks. Pour tenir l’objectif d’un déficit à 5,4 % du PIB pour 2025, après 6 % environ l’an dernier, et pousser à un retour sous les 3 % en 2029, un « comité d’alerte » va être créé.
Ce comité regroupera, autour des ministres, des représentants des commissions des Finances et des Affaires sociales des deux chambres, de la Sécurité sociale, des collectivités territoriales, d’opérateurs de l’État et de la Cour des comptes. Il se réunira trois fois par an (premier rendez-vous début avril) pour établir « la transparence » sur les comptes, « pour dire là où on en est et améliorer le suivi infra-annuel des dépenses de l’État, des dépenses sociales, notamment des établissements de santé, et locales », explique Amélie de Montchalin.
Et comme un comité ne suffisait pas, un « cercle des prévisionnistes » s’y ajoute. Il sera composé, dixit Éric Lombard, de « sachants de la place de Paris », soit nos neuf du comité scientifique mort-né, de représentants de la Cour des comptes, dont son premier président, Pierre Moscovici, lui-même aussi président du Haut Conseil des finances publiques, et de représentants de France Stratégie.
À lui la tâche d’examiner la pertinence des hypothèses macroéconomiques (prévisions sur les taux de croissance, d’inflation, d’emploi et de chômage), ainsi que le « tendanciel ». « Que se passe-t-il si on ne change rien aux dépenses sociales, aux recettes fiscales… ? » explicite Amélie de Montchalin, qui promet aussi des projections sur vingt-cinq ans : « Sans perspective à moyen terme sur la retraite, la défense, la transition écologique, la décision politique est plus difficile. »
Ces deux comités Théodule peuvent avoir deux vertus aux yeux des actuels locataires de Bercy. D’une part ils donnent des gages à l’agence de notation S & P, qui a conservé vendredi sa note AA- pour la France, tout en l’assortissant d’une perspective « négative », du fait du « soutien politique inégal à la consolidation budgétaire » et du caractère « temporaire » des mesures visant à réduire le déficit.
D’autre part, ces comités sont chargés d’établir « un constat commun » sur les comptes publics. De telle sorte que les choix politiques du gouvernement feront résonner à nouveau le « il n’y a pas d’alternative », cher à Margaret Thatcher.
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